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Lit, Thé, Ratures.

Wednesday, October 14th, 2009

Quoiqu’on en dise, une bonne culture ne se construit pas sans la lecture. Pour l’orthographe, la grammaire, le style, les connaissances, je pense que l’on doit beaucoup à tous les écrits qui ont pu traverser notre vie. Et aujourd’hui, je sais que je peux dire merci aux livres. Merci à Bret Easton Ellis pour sa description presque chirurgicale du viol d’une pute suivis de sa décapitation au moyen d’une lame de couteau, mais aussi et surtout pour exprimer le plaisir qui envahit notre présumé serial killer lorsqu’il s’aperçoit qu’il bande assez fort pour faire tenir ladite tête sur sa bite. Merci à Chuck Palahniuk pour m’apprendre le terme de prolapse rectale, qui consiste en le fait que le système intestinal d’un individuel ne se trouve plus à l’intérieur de son corps, mais pourquoi pas devant ses yeux, dans une piscine. Merci également à Hunter S. Thompson, pour nous raconter dans les détails les plus cruels son bad trip sous un mélange d’éther, de cocaïne et de mescaline à Las Vegas. Enfin, un merci différent, certainement pas le dernier, en tout cas je l’espère, à Laurent Garnier, pour Electrochoc.

On ne présente plus Laurent Garnier. Le Papa. Aujourd’hui, quand on parle de lui à ce qui reste de l’intellect d’un ex-tecktonikeur, son nom résonne peut être comme celui d’une légende, que l’on se doit d’aimer car il est culte, mais dont au final on ne connait rien. Celui là même qui ait instauré la French House en Angleterre, alors que j’étais à peine né. Lolo, c’est donc un peu Le Monsieur de ce mouvement qui aujourd’hui bouge des millions de personnes de par le monde.

Et c’est dans un élan de renouveau artistique, de générosité, d’égocentrisme ou que sais-je encore, qu’a été décidée l’écriture d’Electrochoc, l’autobiographie de sieur Garnier. Et j’aime autant vous dire que c’est du gros, du très gros. Au long de ces 291 pages nous est donc comptée la vie de ce grand de la Techno, pas du berceau mais presque, jusqu’à la date de sortie du livre aux éditions Flammarion, en 2003. Notez comment j’ai calé subrepticement toutes les références dans une phrase comme ça, là hop. Je suis tellement bon je pourrais vous vendre des tapis en poils rectaux de chameau. Je me kiffe.

Ce livre défonce. Genre, grave. Pour peu que l’on soit un temps soit peu attiré par ce phénomène merveilleux qu’est la musique électronique, nous avons à faire ici à une véritable encyclopédie. Il a tout vécu faut dire, ou presque. Et il s’amuse à nous raconter son récit de vie tout juste croyable, attachant notre attention à chaque ligne par plus d’anecdotes, plus de détails et plus de rencontres. Le ton employé est singulièrement familier, on est accueilli dans ce livre comme autour d’un apéro chez un bon ami. Le style littéraire en est pour son grade bien évidemment, mais il se dégage un plaisir de lire définitivement super agréable. Pour en revenir au caractère encyclopédique, il ne faut pas s’en effrayer, bien au contraire : chaque lieu, chaque période et chaque style, non content d’être exhaustivement décrit dans le livre, est accompagné de sa propre playlist, reflétant les courants musicaux et étant les parfaits exemples pour se construire des bases solides dans une culture musicale élaborée.

Le livre en lui même a bénéficié d’une attention toute particulière : dans son perfectionnisme à peine caché, Laurent Garnier a mis les petits souliers dans les grands. Et si la couverture, relativement sobre, peut se montrer un peu rebutante au premier abord pour le badaud moyen, le contenu se montre magnifique, et même ludique. Ainsi en deuxième de couverture on trouve un sommaire très original : en forme de jeu de l’oie, retraçant les étapes clés du récit sur le plateau de jeu. Tout au long du récit, des pages entières sont consacrées à des mises en forme très stylé, autant le dire, des passages clés de l’histoire. Quelle magnifique manière de mettre en forme le texte, participant à une montée d’émotion jouissive lorsqu’on lit, par exemple, que Laurent arrive presque par hasard à une rave party et qu’il signifie sa joie par un gigantesque kick qui prend tout une page : BOOOOOOOOOOOOM. Génial.

En guise de conclusion à cet article peut être trop sérieux, aussi sérieux qu’un œuf Kinder avec un chapeau de clown, je dirai que ce livre est un must, que ce soit pour le fond ou la forme c’est une réussite totale. On sort un peu grandit de cette tranche de vie, de l’information qu’il nous apporte, des franches rigolades qu’il nous donne, de sa fin presque triste, dépeignant un paysage électro fade et commercial à des années lumière de ce qu’il pouvait être dans sa naissance, il y a 25 ans. Nous reste encore l’espoir de vivre à nouveau une époque comme il a pu en créer, tout du moins l’espoir de s’éclater encore à fond, jusqu’au bout de la nuit.